Conseils de lecture

Alger, journal intense, Vie et mort de Karim Fatimi, écrivain (1968-2014)

Vie et mort de Karim Fatimi, écrivain (1968-2014)

Macula Éditions

22,00
par (Libraire)
11 novembre 2020

Chaos intense

Un homme meurt. Une femme, Mounia, décide de tenir un journal, "rédigé à la deuxième personne du singulier. Au présent de l'éternité", qu'elle adresse à son mari.
On la suit alors dans sa tentative de surmonter le malheur qui la frappe, par la relation des jours où elle apprend à vivre sans sa moitié, dans un quotidien bouleversé par l'absence et rythmé par les plongées qu'elle fait dans les papiers et les carnets de son époux, qu'elle découvre au fil des jours et qu'elle enchâsse dans son propre journal.
"Alger, journal intense" est d'abord le journal de deuil d'une femme amoureuse qui perd son conjoint brutalement. C'est également une chronique de l'Algérie contemporaine, depuis la fin des années quatre-vingts, chaotique, drôle par moment, fragmentaire. Intense en tout cas.
C'est enfin, et peut-être surtout, le roman d'un écrivain talentueux puisque Mustapha Benfodil propose rien de moins que la lecture agréable d'une expérience formelle d'écriture, un puzzle. Une forme parfaite pour rendre compte aussi bien du chaos individuel de celle qui se retrouve seule que de la complexité d'un pays entier. Les Editions Macula aurait pu éditer une expérimentation formelle intimidante ou un jeu d'écriture ennuyeux. Dans une maquette élégante, l'éditeur offre au lecteur l'accès à un de ces romans qu'on garde dans sa bibliothèque.


Trencadis

Quidam Édition

22,00
par (Libraire)
29 août 2020

Sublimation

Pourquoi lire la biographie romancée d'une artiste? Pour découvrir la vie d'une femme extraordinaire, qu'on résume, au mieux et c'est bien dommage, à ses Nanas monumentales. Pour comprendre comment l'art est à la fois un moyen de se reconstruire et un formidable outil d'expression de sa pensée. Mais aussi parce que Caroline Deyns propose avec Trencadis un roman singulier dans la forme. Elle joue avec des citations et la typographie, alterne les voix et les points de vue et, grâce à une écriture entrainante, crée une mosaïque, un trencadis, du nom de cette technique utilisée notamment par Gaudí et Nikki de Saint Phalle, qui rend à merveille ce qu'est son héroïne : une somme d'éclats, de couleurs, de formes et de creux.


Une histoire des langues et des peuples qui les parlent
par (Libraire)
7 mai 2020

Géographe de formation, Jean Sellier s'attaque ici à l'histoire des langues. L'ouvrage est monumental et le dispositif très bien pensé pour en avoir une lecture la plus libre possible : plusieurs entrées (par langue, époque, pays) permettent en effet de circuler librement d'un pays et d'une langue à l'autre, en composant ainsi son propre itinéraire.
Sorte d'encyclopédie- dictionnaire, ce livre est une véritable invitation au voyage et aux découvertes ; les langues (mais aussi certains dialectes) sont décrites en soulignant leurs interactions réciproques, mettant ainsi à mal toute idée d’étanchéité ou de pureté que certains discours attribuent parfois aux langues.
En étudiant leur comportement et leur évolution, Jean Sellier montre bien qu'une langue n'existe pas sans ses locuteurs, et par-là même, le caractère bénéfique des transformations et des transferts de mots, qui ne connaissent pas de frontières.


Faut-il se ressembler pour s'assembler ?
17,00
par (Libraire)
7 mai 2020

Faut-il se ressembler pour s'assembler ? La question est évidemment rhétorique, et pourtant, pas si simple et innocente qu'elle en a l'air. Socio-anthropologue, Nicole Lapierre travaille depuis longtemps sur les questions liées à l'identité, à la mémoire, aux minorités. Dans cet essai, elle analyse la façon dont, en France, se sont construites les politiques d'accueil et de rejet, d'assimilation et d'intégration. En partant de la famille biologique jusqu'à la famille nationale, sans oublier la question linguistique, elle fait le point sur ce qui nous unit et nous sépare, sans jamais hiérarchiser les différences entre les individus et les communautés dont ils sont issus.
Adepte de la méthode comparatiste, son essai est d'autant plus passionnant (et clair même pour les non-initiés) car il fait appel non seulement à la sociologie et l'anthropologie, mais aussi à l'histoire et au droit.
Le lire est une bouffée d'air frais.


La dame à la camionnette
9,00
par (Libraire)
7 mai 2020

Rien ne destinait le très populaire Alan Bennett à bâtir une relation de vingts ans avec Miss Shepherd, SDF vivant dans un camion garé d'abord devant la porte, ensuite dans l'allée de la maison de l'écrivain. Sous la forme d'un journal-documentaire, le livre raconte presque au jour le jour le quotidien improbable qu'ils finissent, situation oblige, par partager. Avec le style caractéristique de Bennett : sobre, percutant et incroyablement drôle.

Hélas, malgré une œuvre importante, peu nombreux sont ses livres traduits en français (ce qui demeure très mystérieux pour moi).
Raison de plus pour lire les titres disponibles, traduits magnifiquement par Pierre Ménard (dont "La mise à nu des époux Ransome", par exemple, un petit chef d’œuvre d'humour absurde).