Le destin des enfants d'immigrés, un désenchaînement des générations
EAN13
9782234060746
ISBN
978-2-234-06074-6
Éditeur
Stock
Date de publication
Collection
ESSAIS - DOCUME
Nombre de pages
315
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
340 g
Langue
français
Code dewey
305.8
Fiches UNIMARC
S'identifier

Le destin des enfants d'immigrés

un désenchaînement des générations

De ,

Stock

Essais - Docume

Offres

première partieLe pari des parentsNous sommes les aventuriers de la terre. [L'aventure]fait partie de ces formes qui ont la puissance mystérieuse de faire sentir en un instant la somme entière de la vie comme leur accomplissement et leur support, qui ne serait là que pour les réaliser.Georg SimmelDans le parc parisien de la Villette, un groupe d'Africains aux cheveux blancs joue aux boules. Ce sont des habitués de la place, tous retraités ou presque. Ils se retrouvent là, régulièrement, dans ce microvillage qu'ils ont reconstitué à leur usage. Dans le jardin du Luxembourg, un vieux Chinois enseigne le tai-chi à des hommes et des femmes de tous âges, des familiers du lieu, attentifs et appliqués dans leurs mouvements. De Lille à Marseille, les salles communes des foyers d'immigrés rassemblent des hommes retraités qui trompent leur ennui et leur solitude en buvant du thé ou en jouant aux cartes. Parisiens ou provinciaux, les vieux immigrés, français ou étrangers, venus du Maghreb, d'Afrique, d'Europe ou d'ailleurs, sont nombreux à fréquenter ces cercles de convivialité. Tous et toutes ont immigré en France, il y a bien longtemps. C'est ici qu'ils ont accompli le plus clair de leur vie professionnelle et qu'ils ont leur vie de famille. Les plus âgés ont vu tous leurs enfants quitter le foyer et se retrouvent, seuls ou en couple, plus ou moins désœuvrés, en quête de liens et de sens pour leurs vieux jours.Arrivés pour la plupart dans les années 1960, en pleines décennies glorieuses, ils ont connu l'époque où ceux que l'on appelait les « travailleurs étrangers » étaient considérés comme des couches inférieures, placées en bas de l'échelle sociale, voire en marge de la société, dans la catégorie que les marxistes ont nommée le lumpun prolétariat. Il est vrai que les emplois pénibles, peu qualifiés, désertés par les Français et les immigrés plus anciens, ont été réservés aux nouveaux immigrants, dans une ambiance générale de racisme et de xénophobie. En témoigne le titre provocateur de l'ouvrage paru au cours de cette période, La France étrangère, qui surfait sur cette hostilité populaire. Au cours du mois de janvier 1969, Le Parisien libéré publia même une série d'articles intitulée « 500 000 chômeurs et pourtant 3 millions d'étrangers travaillent régulièrement dans notre pays ». Autrement dit, l'idée selon laquelle les étrangers venaient manger le pain des Français dominait dans la perception collective. Mais, à la même époque, le regretté humoriste Fernand Raynaud triomphait dans son sketch « L'étranger ». Les plus âgés s'en souviennent : c'est l'histoire d'un homme, un étranger, accusé par les habitants du village de venir « manger le pain des Français ». Il en a assez et finit par s'en aller... privant alors les villageois de pain : il était leur boulanger !La figure de l'immigré pauvre, ex-colonisé, dominé et exploité par un système postcolonial, s'est imposée en France pendant longtemps et persiste encore. Dans certains discours bien intentionnés, une telle représentation s'inscrit dans une attitude compassionnelle et un désir sincère de susciter des mesures politiques pour améliorer le sort des immigrés. Mais, ce faisant, ces discours les isolent et les aliènent dans des stéréotypes négatifs et uniformisants. De son côté, la tradition sociologique française a fortement contribué à perpétuer l'image d'immigrés dominés et victimes d'exploitation et de discrimination, en forgeant la théorie de la domination, inspirée de Pierre Bourdieu et approfondie par Abdelmalek Sayad, pionnier de la sociologie de l'immigration.Et cependant, quand on suit les histoires de vie d'immigrés, leur départ du pays, leurs itinéraires, leurs projets, leurs réussites, des plus modestes aux grandes réalisations, on découvre davantage de récits d'aventures et d'héroïsme quotidiens que de vies écrasées. Quand vient le temps de la retraite, temps propice aux bilans, celui de leur expérience migratoire et de leur vie, ils ne peuvent ni ne veulent se reconnaître dans ce rôle de victime.
S'identifier pour envoyer des commentaires.

Autres contributions de...

Plus d'informations sur Claudine Attias-Donfut