DE LA GUERRE CIVILE
EAN13
9782200269845
ISBN
978-2-200-26984-5
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
L'inspiration philosophique
Nombre de pages
320
Dimensions
22 x 14 x 1 cm
Poids
364 g
Langue
français
Code dewey
172.42
Fiches UNIMARC
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1

Les limites de la guerre, la guerre civile sans limite

Mon champ d'enquête est double, d'une part le discours philosophique en général, d'autre part la notion de guerre pour elle-même. J'aurais pu m'intéresser au mécanisme anthropologique fondamental qui régit la guerre, à savoir la peur d'être dominé, et son revers, la volonté de dominer. Pour autant, c'est le phénomène de la guerre qui me retiendra et son traitement, ou son absence de traitement, par la philosophie. Loin de vouloir homogénéiser l'histoire de la philosophie, qui n'a pourtant jamais considéré la guerre comme une charnière conceptuelle, à la différence de la question du régime politique ou de la puissance par exemple, je considérerai cependant le discours philosophique dans son ensemble, comme des échos, questions et réponses à travers les textes et donc à travers les âges. Affirmons-le d'emblée, la guerre apparaît comme une notion d'évidence indiscutée, seul le mode de questionnement diffère et imprime sa marque à un siècle ou à une période. L'objet guerre est un centre de gravité, le politique son champ d'acception. Aussi convient-il de faire place à une précaution cruciale. Le régime politique sera à mes yeux indifférencié puisque seul importe le phénomène politique de la guerre : que le régime qui mène à la guerre soit une république, une oligarchie, une monarchie, une démocratie ou une dictature, cela ne change rien au fait « guerre ». Il y a toujours au moins deux adversaires, dépendants de régimes politiques différents ; la guerre engage l'épreuve de force, quel que soit le rapport entretenu par le régime et ses membres dans un rapport d'élection ou de soumission. Bref la guerre est toujours vécue comme telle à la fois par l'entité politique en général et par les individus en particulier. S'avancer au-delà serait s'éloigner de l'objet guerre par une approche institutionnelle des choses.

Considérer les formes politiques in abstracto, sans jugement quant au meilleur régime possible est déjà un indice de démarcation par rapport à la tradition philosophique qui se concentre sur la viabilité et la vertu interne des régimes. C'est à l'occasion de la recherche de la meilleure constitution que la guerre est abordée comme une activité de l'entité politique discutée (je pense aux grandes théories politiques de Platon, d'Aristote jusqu'aux Lumières et à la philosophie allemande post-kantienne), et jamais pour elle-même. Nous serions bien en peine d'adapter une éventuelle définition de la guerre à la cité grecque, à l'empire romain, aux seigneuries plus ou moins autonomes du Moyen Âge, aux monarchies européennes des guerres de religion ou des guerres de Louis XIV, à l'État post-révolutionnaire, aux États-nations enfin ; la taxinomie, loin d'être invariablement fixée, est seulement partiellement significative des modes de souveraineté à travers les siècles.

L'unité politique en guerre

La cité sera considérée ici comme l'image du concept d'« unité politique » que Aron emprunte à Carl Schmitt. L'utilisation quasi systématique d'une notion élémentaire de la philosophie politique est primordiale pour la démonstration ; elle relie l'idée d'organisation politique plus ou moins élaborée (qui va de la société structurée à l'État moderne, en passant par les empires), aux puissances qui sont à sa source (communauté, société, peuple). « Unité politique », « unité politiquement organisée », « entité politique organisée », « collectivité politiquement organisée », le politique se caractérise par cet invariant de la structure cohérente. Je ne retiendrai pas la notion de « territorialité » de Aron, dans le sens où précisément les formes de constitution d'une unité ne sont pas nécessairement liées à un territoire au sens d'« espace sur lequel est exercé un dominium ». Par conséquent, en envisageant l'unité politique pour elle-même, je n'en spécifierai pas le mode de propriété. La cité grecque n'est pas homogène : Sparte ne se définit pas par le même type d'espace qu'Athènes. La première est une communauté de semblables dans une enceinte close sur la ville ; la seconde est une agora autour de laquelle gravitent plusieurs périphéries (la ville restreinte, la ville et son port avec les Longs Murs, les champs). La définition de l'unité politique peut elle-même varier et inclure différentes conceptions : Périclès devant le danger qui menace la périphérie rurale d'Athènes redéfinit le périmètre politique et laisse ravager les champs, qui, de ce fait, pendant un court laps de temps, ne font plus partie de l'entité Athènes.

L'unité politique peut ainsi subir des transformations territoriales sans que sa définition soit modifiée. Le politique définit lui-même le champ concret et abstrait de son application. L'unité politique associe lesparties qui forment une collectivité homogène cohérente et la constitution globale qui en émane.
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