«Chère Mademoiselle...» - Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944, Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944
EAN13
9782702139783
ISBN
978-2-7021-3978-3
Éditeur
Calmann-Lévy
Date de publication
Collection
Mémorial de la Shoah
Nombre de pages
600
Dimensions
23 x 15 x 3 cm
Poids
915 g
Langue
français
Code dewey
940.531
Fiches UNIMARC
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«Chère Mademoiselle...» - Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944

Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944

De

Préface de

Édité par

Calmann-Lévy

Mémorial de la Shoah

Indisponible
Première partie

Le refus du Statut des Juifs,
1941-1942Chapitre 1

Correspondance
avec le Comité d'assistance
aux réfugiés, 1941-1942

C'est en mai et juin 1941, alors que se prépare puis se publie le second Statut des Juifs, qu'Alice Ferrières décide d'aider activement ses compatriotes juifs. Elle écrit au rabbin de Clermont-Ferrand, la grande ville la plus proche de Murat, avant d'être mise en relations avec le bureau clermontois du Comité d'assistance aux réfugiés (CAR). Cette association a été fondée en juin 1936 pour venir en aide aux Juifs allemands, elle est présidée par Albert Lévy, avec Raymond-Raoul Lambert pour secrétaire général et Gaston Kahn pour directeur. Le bureau clermontois du CAR s'est doté d'un Comité des Dames, dont le vestiaire est dirigé par Mme veuve Henri Bloch, avec laquelle Alice va entretenir une longue correspondance (voir le chapitre suivant).

Copie de la lettre d'Alice au rabbin de Clermont-Ferrand,
18 mai 1941

Monsieur le Rabbin,

Je me permets de vous écrire afin que vous sachiez toute l'indignation que nous sommes heureusement nombreux à ressentir au sujet du Statut des Juifs en zone occupée. Je suis professeur à l'EPS de jeunes filles et ce n'est pas sans émotion que je pense en particulier à mes professeurs israélites pour lesquels nous éprouvions tant de respect et d'estime, et dont plusieurs sont l'honneur d'une Nation. – Je puis vous assurer que mes collègues, dans l'ensemble, partagent mes sentiments.

Mes ancêtres ont subi les conséquences de la révocation de l'édit de Nantes en 1685 et les terribles dragonnades dont les Cévennes gardent encore le souvenir épouvanté ; le roi voulait alors l'anéantissement sur place des hérétiques. Une chose est réconfortante : il n'y est pas parvenu. Le sacrifice de mes ancêtres et la fidélité à leur foi jusque dans la mort ont permis à leurs descendants de vivre en paix. J'espère que les israélites n'attendront pas si longtemps le droit de prier selon leur cœur, car le Français a trop le goût de la liberté et le sentiment de la justice pour supporter sans protester un tel mépris de la personne humaine.

Mais ce n'est pas pour vous parler de mon état d'esprit que je vous écris. Je suppose que, par suite des nouveaux règlements, beaucoup de vos coreligionnaires vont se trouver dans une situation presque sans issue ; certainement la communauté juive va organiser des œuvres d'entraide, et je vous serais reconnaissante si vous vouliez bien me mettre en relation avec un tel organisme, s'il est déjà créé, ou avec une famille, afin que je puisse soulager dans la mesure du possible quelques misères matérielles et morales – jusqu'à ce que l'épreuve soit terminée.

En vous priant d'excuser cette lettre écrite afin de vous assurer de la sympathie que vos malheurs si dignement supportés ont fait naître dans tous les milieux, veuillez agréer, Monsieur le Rabbin, l'expression de mes respectueux sentiments.

Comité d'assistance aux réfugiés, bureau de Clermont-Ferrand,
29 mai 1941

Mademoiselle,

Votre lettre du 18 mai adressée à M. le rabbin nous a été transmise ce jour.

Nous vous remercions pour les attentions charitables que vous manifestez dans cette missive, et vous informons que notre comité s'occupe spécialement des réfugiés, et ce, dans la mesure du possible.

Il est certain que la situation angoissante de ces personnes invite les bonnes volontés à faire tous les efforts possibles pour leur venir en aide, et nous vous remercions sincèrement pour le désir que vous exprimez d'être utile à leur cause.

Dans l'espoir que vous voudrez nous faire connaître les misères matérielles de certaines familles autour de vous, nous sommes prêts à collaborer avec vous, pour les aider, si possible.

Veuillez agréer, Mademoiselle, l'assurance de nos sentiments très dévoués.

Sur la lettre précédente, copie de la réponse d'Alice Ferrières,
9 juin 1941

Monsieur le Président,

J'ai bien reçu votre lettre du 29 mai (réf. PK/EB) et je vous prie de m'excuser si je n'ai pas répondu plus tôt, mais j'avais supposé que le « Comité d'assistance aux réfugiés » était le Comité d'entraide créé indistinctement pour tous les réfugiés. J'ai donc prié une de mes amies, professeur de maths elle aussi et habitant Clermont, de bien vouloir me renseigner à ce sujet.

J'ai reçu la réponse hier, et je vois donc que ma lettre du 18 mai adressée à M. le rabbin a été transmise, comme je le souhaitais, au Comité israélite de bienfaisance. Mon amie me dit que votre Comité s'occupe tout spécialement des Juifs étrangers réfugiés en France et sans ressources ; je vous prie donc de bien vouloir accepter ce mandat de 100 F, persuadée qu'il vous sera possible d'apporter quelque soulagement à une détresse qu'il est urgent de secourir ; j'aurais désiré tout particulièrement m'occuper d'une famille atteinte par le nouveau Statut des Juifs ; aussi vous serais-je reconnaissante de me signaler les personnes qu'il me serait possible d'aider dans la mesure du possible, si vous en connaissez, en attendant que des jours meilleurs arrivent.
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