Les caractères
EAN13
9782253015055
ISBN
978-2-253-01505-5
Éditeur
Le Livre de poche
Date de publication
Collection
biographie (LP 001478)
Nombre de pages
641
Dimensions
18 x 11 x 0 cm
Poids
340 g
Langue
français
Code dewey
844
Fiches UNIMARC
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I?>DES OUVRAGES DE L'ESPRIT?>Les premières éditions offraient 35 remarques pour ce chapitre, la dernière, 69 ; il a donc presque doublé, principalement avec la 4e(16 remarques supplémentaires) et la 5eédition (10 remarques). Mais sa structure n'a guère changé, puisqu'au constat initial (§1), répond toujours la déclaration finale (§ 69) : tout est dit, certes, mais l'essentiel est de le redire selon son optique et sa manière propres. Aux grands écrivains très sélectionnés qui apparaissaient dans la première édition (Moïse, Homère, Platon, Virgile, Horace, §14, Corneille et Racine, §54, ainsi que... Boileau, § 69) se sont ajoutés d'autres noms, dont certains renvoient aux débats littéraires plus contemporains : Térence, Malherbe, Bouhours et Rabutin, Balzac et Voiture, (4eéd.), Racan, Théophile, Ronsard, Montaigne et Rabelais (5eéd.). La Bruyère a donc étoffé son propos en convoquant un plus grand nombre d'autorités ; mais le parallèle de Corneille et de Racine conserve une place-clé, puisqu'il conclut le « panorama » littéraire des § 37-54, et qu'il garde une longueur exceptionnelle. Il constitue en outre le pendant du § 55, devenu presque aussi long après avoir été enrichi dans la 4eédition d'un développement capital sur le sublime (qui nuance et approfondit une remarque initialement consacrée à l'« éloquence »). La 4eédition donne lieu, comme dans l'ensemble du livre, à l'apparition d'un portrait : celui d'Arsène (§ 24), qui précise la simple esquisse que constituait Zoïle (§ 19). La série sera achevée en 1691 par l'ajout de Théocrine (§ 25), offrant ainsi une variation sur la critique et le bon usage de la lecture du § 19 au § 28, que la 8eédition (1694) ponctuera avec une pique contre les amateurs d'un hermétisme excessif (§ 29).1 [I]?>Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs1, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l'on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d'entre les modernes.2 [I]?>Il faut chercher seulement à penser2 et à parler juste, sans vouloir amener les autres à notre goût et à nos sentiments ; c'est une trop grande entreprise.3 [I]?>C'est un métier que de faire un livre comme de faire une pendule ; il faut plus que de l'esprit pour être auteur. Un magistrat allait par son mérite à la première dignité, il était homme délié et pratique3 dans les affaires ; il a fait imprimer un ouvrage moral qui est rare par le ridicule.4 [I]?>Il n'est pas si aisé de se faire un nom par un ouvrage parfait, que d'en faire valoir un médiocre4 par le nom qu'on s'est déjà acquis.5 [I]?>Un ouvrage satirique ou qui contient des faits, qui est donné en feuilles sous le manteau aux conditions d'être rendu de même, s'il est médiocre, passe pour merveilleux ; l'impression est l'écueil.6 [I]?>Si l'on ôte de beaucoup d'ouvrages de morale l'avertissement au lecteur, l'épître dédicatoire, la préface, la table, les approbations, il reste à peine assez de pages pour mériter le nom de livre.7 [I]?>Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable, la poésie, la musique, la peinture, le discours public.Quel supplice que celui d'entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l'emphase d'un mauvais poète !8 [V]?>Certains poètes sont sujets dans le dramatique à de longues suites de vers pompeux5, qui semblent forts, élevés, et remplis de grands sentiments ; le peuple écoute avidement les yeux élevés et la bouche ouverte, croit que cela lui plaît, et à mesure qu'il y comprend moins, l'admire davantage, il n'a pas le temps de respirer, il a à peine celui de se récrier et d'applaudir : j'ai cru6 autrefois et dans ma première jeunesse que ces endroits étaient clairs et intelligibles pour les acteurs, pour le parterre et l'amphithéâtre ; que leurs auteurs s'entendaient7 eux-mêmes ; et qu'avec toute l'attention que je donnais à leur récit, j'avais tort de n'y rien entendre : je suis détrompé.9 [I]?>L'on n'a guère vu jusques à présent un chef-d'œuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs : Homère a fait l'Iliade, Virgile l'Énéide, Tite-Live ses Décades, et l'Orateur romain ses Oraisons8.10 [I]?>Il y a dans l'art un point de perfection, comme de bonté ou de maturité dans la nature, celui qui le sent et qui l'aime a le goût9 parfait ; celui qui ne le sent pas, et qui aime en deçà ou au-delà, a le goût défectueux. Il y a donc un bon et un mauvais goût, et l'on dispute des goûts avec fondement.11 [I]?>Il y a beaucoup plus de vivacité que de goût parmi les hommes ; ou, pour mieux dire, il y a peu d'hommes dont l'esprit soit accompagné d'un goût sûr et d'une critique judicieuse.12 [I]?>La vie des héros a enrichi l'histoire, et l'histoire a embelli les actions des héros : ainsi je ne sais qui sont plus redevables, ou ceux qui ont écrit l'histoire, à ceux qui leur en ont fourni une si noble matière ; ou ces grands hommes à leurs historiens.13 [I]?>Amas d'épithètes, mauvaises louanges ; ce sont les faits qui louent, et la manière de les raconter.14 [I]?>Tout l'esprit d'un auteur consiste à bien définir et à bien peindre. MOISE10, HOMÈRE, PLATON, VIRGILE, HORACE ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs images : il faut exprimer le vrai pour écrire naturellement, fortement, délicatement.15?>[V] On a dû faire du style ce qu'on a fait de l'architecture ; on a entièrement abandonné l'ordre gothique, que la barbarie avait introduit pour les palais et pour les temples ; on a rappelé le dorique, l'ionique et le corinthien : ce qu'on ne voyait plus que dans les ruines de l'ancienne Rome et de la vieille Grèce, devenu moderne, éclate dans nos portiques et dans nos péristyles. De même on ne saurait en écrivant rencontrer le parfait, et s'il se peut, surpasser les anciens que par leur imitation.[I] Combien de siècles se sont écoulés avant que les hommes dans les sciences et dans les arts aient pu revenir au goût des anciens, et reprendre enfin le simple et le naturel.[IV] On se nourrit des Anciens et des habiles modernes, on les presse, on en tire le plus que l'on peut, on en renfle ses ouvrages ; et quand enfin l'on est auteur, et que l'on croit marcher tout seul, on s'élève contre eux, on les maltraite, semblable à ces enfants drus11 et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice12.[IV] Un auteur moderne prouve ordinairement que les Anciens nous sont inférieurs en deux manières, par raison et par exemple ; il tire la raison de son goût particulier, et l'exemple de ses ouvrages13.[IV] Il avoue que les Anciens, quelque inégaux et peu corrects qu'ils soient, ont de beaux traits, il les cite, et ils sont si beaux qu'ils font lire sa critique.[IV] Quelques habiles14 prononcent en faveur des Anciens contre les Modernes, mais ils sont suspects et semblent juger en leur propre cause, tant leurs ouvrages sont faits sur le goût de l'antiquité : on les récuse.16?>[I] L'on devrait aimer à lire ses ouvrages à ceux qui en savent assez pour les corriger et les estimer.[IV] Ne vouloir être ni conseillé ni corrigé sur son ouvrage, est un pédantisme.[IV] Il faut qu'un auteur reçoive avec une égale modestie15 les éloges et la critique que l'on fait de ses ouvrages.17 [I]?>Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne, on ne la rencontre pas toujours en parlant, ou en écrivant : il est vrai néanmoins qu'elle existe, que tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point un homme d'esprit qui veut se faire entendre.Un bon auteur, et qui écrit avec soin, éprouve souvent que l'expression qu'il cherchait depuis longtemps sans la connaître, et qu'il a enfin trouvée, est celle qui était la plus simple, la plus naturelle, qui semblait devoir se présenter d'abord et sans effort.Ceux qui écrivent par humeur sont sujets à retoucher à leurs ouvrages ; comme elle n'est pas toujours fixe, et qu'elle varie en eux selon les occasions, ils se refroidissent bientôt pour les expressions et les termes qu'ils ont le plus aimés.18 [I]?>La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses, nous fait appré...
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