Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Éditions des femmes-Antoinette Fouque

25,00
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27 septembre 2022

Paris, dans le futur : les températures sont tellement élevées qu'on ne peut plus sortir de jour, sous peine de brûler. Les habitants travaillent et vivent, enfin, vivotent ou survivent de nuit. L'air est irrespirable, la faune et la flore ont disparu. La vie n'est que rivalité qui peut vite tourner à une disgrâce et une mort certaine. L'informatique contrôle tout. Des riches qui eux, vivent à l'ancienne, dans le confort dirigent le monde. Mais il y a une Résistance. Souterraine.

C'est dans cette ville éternellement grise, polluée que se croisent Lia l'informaticienne chargée de la sécurité de l’Élysée, Guillaume physicien qui cherche à assainir l'air, Philippe juge d'instruction et Hector homme ambitieux qui par tous les moyens veut arriver au plus haut.

Devrais-je créer une catégorie coup de cœur de coup de cœur ? Si oui, ce livre en fait assurément partie. S'il prend les codes des livres de SF : une élite corrompue qui dirige des hommes fatigués, réduits à travailler toujours plus et vivre moins, et une Résistance active qui tente par tous les moyens de se rendre visible, il le fait par l’intermédiaire de personnages finement décrits, profonds et une écriture tellement belle, à laquelle on ne s'attend pas forcément dans un roman d'anticipation mais que, lorsqu'on a déjà lu Viviane Cerf (La dame aux nénuphars, Amen), on retrouve avec plaisir, joie et gourmandise. J'aime sa manière de construire ses phrases, ses chapitres. Finesse, délicatesse, jeu avec les niveaux de langage, du plus oral au plus poétique. Il y a des pages qui emportent totalement, en fait le livre entier emporte totalement au point de ralentir sa lecture et d'avoir envie d'y passer plus de temps et de -presque- regretter qu'il ne compte que 400 pages !

Et il y a l'histoire et les personnages créé par l'autrice. D'évidents rapprochements avec notre époque, Hector, l'ambitieux prêt à tout, sorte d'Alexandre Benalla, Lia une lanceuse d'alerte qui rien ne destinait à cela... et des phrases dures et tellement réalistes : "Ils savent que les politiques qu'ils mènent vont conduire à l'appauvrissement de la très grande majorité de la population, et ils les poursuivent, ils savent que les politiques qu'ils mènent vont conduire à rendre l'air irrespirable et ils les poursuivent, ils savent que les politiques qu'ils mènent vont conduire à faire baisser très significativement l'espérance et le confort de vie, et ils les poursuivent." (p.368/369) Bien vu également, le moment de basculement d'un personnage, jusqu'ici assez servile parce que privilégié, qui interroge son existence d'obéissance. Et s'interroger dans ce monde où tout moment de vie, voire les pensées les plus intimes sont surveillées, est dangereux. un homme ou une femme qui réfléchit n'est plus aussi malléable et corvéable.

Viviane Cerf réussit une brillante alliance entre une histoire et des personnages puissants et une écriture somptueuse. Ses deux premiers livres m'avaient intrigué, plu voire emballé, je suis encore au-delà avec ce titre et j'espère qu'enfin cette jeune autrice fera parler d'elle. Elle a une personnalité, une écriture et une voix originales qui emportent forcément l'adhésion. La mienne à coup sûr.

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27 septembre 2022

C'est un peu par hasard que Socrate est devenu tueur à gages. Et lorsqu'il rencontre Nino, après les soirées arrosées et les estomacs remplis de pâtes aux accompagnements aussi divers qu'alléchants, icelui lui cause de La Famille. Qui aurait besoin de ses services. Rémunérés, grassement et missions préparées. Aucune improvisation. Mais tueur, n'est pas un métier comme un autre et la gamberge peut venir tourmenter quelque peu.

Très court roman de Paul Chazen, son premier. Un tueur arrivé là par hasard qui se pose des questions sur son avenir et sur ses actes, ce n'est pas courant : "J'étais sûr de rien, ça c'est sûr. Je ne savais même pas comment je pourrais faire un truc pareil... J'avais même pas l'idée de ce que ça voulait dire, tuer un mec. Putain, flinguer un type, ça s'improvise pas, quand même..." (p.39)

Et ça marche bien, aucun temps mort, des rencontres pas banales, comme quoi le hasard n'existe peut-être pas et le destin met sur sa route les personnes qu'il faut au moment où il faut... Un langage oral, le narrateur, c'est Socrate qui raconte ses rencontres, ses doutes... Une bande-son pas mal -notée à la fin, bonne idée- et des titres de chapitres longs et énigmatiques "A une certaine distance, la dépouille du scarabée ressemble au scarabée lui-même" (p.23). Des références et des emprunts à différents genres. C'est très bien fait et cette lecture se fait vite d'une part parce que le livre est court et d'autre part, et c'est la raison la plus forte, parce que l'on a très envie d'en connaître l'issue. Happy or not happy end ?

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27 septembre 2022

Ah, quel dommage que ce roman policier soit si gros, si délayé, si bavard ! Quel dommage parce qu'il est bourré de qualités, mais Armand Delpierre se perd et me perd dans des détails superflus qui ne servent ni l'action, ni les personnages ni le contexte si anxiogène. Presque 500 pages pour un roman qui eût été excellent avec une cure d'amaigrissement.

Une fois cela dit, abordons les points positifs et il y en a plein. L'auteur a le bon goût de ne pas faire de ses flics des antihéros stéréotypés, ils sont réalistes, et se fondraient aisément dans notre entourage. Ils ont leurs problèmes mais n'en sont point accablés, ils cherchent à travailler le mieux possible et font souvent l'impossible. Et l'on sent dans leurs histoires, dans les enquêtes qu'ils mènent, dans les victimes et les témoins qu'ils rencontrent que l'auteur s'est documenté et qu'il a voulu coller au plus près de la réalité.

Il y a aussi le contexte, celui des attentats contre Charlie Hebdo et de la traque des frères Kouachi qui alimenta les journaux, des Français -même ceux qui n'aiment pas particulièrement le journal visé- qui ont réagi en masse.

Les intrigues tiennent la route et même si nous, lecteurs, avons un peu d'avance sur les policiers, le plaisir n'en est pas gâché. Bref, du très bon et du moins bon dans ce premier roman, très largement fréquentable.

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27 septembre 2022

1929, après des succès incroyables, une renommée mondiale, Charlie Chaplin n'a plus goût à faire des films. La Dépression de cette année-là, les millions de pauvres et de chômeurs ne l'incitent pas à la bonne humeur.

Puis, l'envie revient, grâce à Paulette Goddard qui jouera dans Les temps modernes et Le dictateur. Mais Chaplin s'est fait un ennemi puissant John Edgar Hoover qui essaie de l'attaquer sur son penchant pour les jeunes femmes et sur ses sympathies communistes supposées.

Dernier tome du triptyque de David François au dessin et Laurent Seksik au scénario, après, Chaplin en Amérique et Chaplin prince d'Hollywood, qui montre les attaques dont fut victime Charles Chaplin, certes, mais aussi, ses doutes et son envie de toujours se surpasser. Chaplin eut une vie mouvementée, de sa naissance dans une famille très pauvre à sa réussite. Il aima les femmes, jeunes, ce qui déplaisait. Il fut aussi interdit de rentrer aux États-Unis pendant vingt ans entre 1952 et 1972, Hoover était parvenu à ses fins.

Comme pour les deux volumes précédents, l'album est très bon. Il installe les contextes de l'entre-deux guerre, puis la guerre et le maccarthysme et y fait évoluer Chaplin et ses amis. Le dessin virevolte toujours, même si Chaplin fait des films lourds et durs, aux messages profonds. Voilà qui clôt de belle manière ce triptyque consacré à l'un des plus grands si ce n'est le plus grand du cinéma international. Charlot se regarde encore et toujours et pour l'avoir testé récemment avec des enfants, ça marche comme avec nous à leur âge.

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27 septembre 2022

Grenoble années 30, un mystérieux cambrioleur qui ne visite que les galetas traverse la ville de part en part, monte les étages de nombreux immeuble et fait main basse sur divers objets parfois précieux, d'autres fois moins. La police ne parvient pas à arrêter celui que la presse appellera bientôt L'Arsène Lupin des galetas.

Arsène, c'est Raoul Saccorotti, réfugié italien du début de la décennie, anarchiste, antifasciste, rusé, élégant et généreux, car il redistribue ce qu'il vole aux pauvres et notamment à ses compatriotes émigrés en France : "Au pied de la Bastille de Grenoble commence la montée Chalemont qui grimpe abruptement vers l'ancien couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut. Ce raidillon était alors flanqué de bicoques délabrées, dont les fenêtres garnies de linge à sécher donnaient un petit air de Naples à ce coin perdu de Grenoble. Derrière les façades lépreuses, des familles pauvres venues pour la plupart de la ville de Corato, au Sud de l'Italie, s’entassaient dans des taudis aux murs patinés de crasse. Dans la cour, les ménagères frottaient leur lessive dans une bassine sur une planche à linge. De gros rats couraient dans les rigoles du tout-à-l'égout qui serpentait en pleine air à travers courettes et allées nauséabondes. En haut de la montée, le couvent, dont les religieuses avaient été expulsées en 1905, abritait des familles italiennes logées par la ville, avec pour seul point d'eau la fontaine de la cour." (p.62)

Une vie pas banale que celle de Raoul Saccorotti. De sa naissance à sa mort, il vécut mille vies, plus qu'il n'en faut pour faire une série de films à succès. Et là, chacun dirait que les scénaristes ont des idées folles. Phil Casoar a fait un travail de dingue pour rassembler les documents (lettres, photos; articles de presse...), rencontrer des témoins, et condenser tout cela dans un livre -épais certes- passionnant. Et c'est la vie d'un homme "qui épouse les chaos du siècle" : "des bas-fonds de Gênes aux cimes des Alpes, des ruelles de Ménilmontant aux ramblas de Barcelone, des cachots de prison aux camps d'internement, sans oublier la colonie de confinement des îles Tremiti" (4ème de couverture) et sans oublier non plus les rues et les greniers de Grenoble, début de l'enquête de l'auteur. C'est passionnant, on lit aussi les bouleversements du siècle et les peurs, les haines resurgir lorsque la tension monte dans la société.

Il a de la classe Raoul. On est admiratif, on regrette presque de ne pas l'avoir connu. Phil Casoar fait vivre son héros comme personne. Une biographie originale pour un homme qui ne l'était pas moins.