Anna R.

par (Libraire)
7 mai 2020

Géographe de formation, Jean Sellier s'attaque ici à l'histoire des langues. L'ouvrage est monumental et le dispositif très bien pensé pour en avoir une lecture la plus libre possible : plusieurs entrées (par langue, époque, pays) permettent en effet de circuler librement d'un pays et d'une langue à l'autre, en composant ainsi son propre itinéraire.
Sorte d'encyclopédie- dictionnaire, ce livre est une véritable invitation au voyage et aux découvertes ; les langues (mais aussi certains dialectes) sont décrites en soulignant leurs interactions réciproques, mettant ainsi à mal toute idée d’étanchéité ou de pureté que certains discours attribuent parfois aux langues.
En étudiant leur comportement et leur évolution, Jean Sellier montre bien qu'une langue n'existe pas sans ses locuteurs, et par-là même, le caractère bénéfique des transformations et des transferts de mots, qui ne connaissent pas de frontières.

par (Libraire)
7 mai 2020

Faut-il se ressembler pour s'assembler ? La question est évidemment rhétorique, et pourtant, pas si simple et innocente qu'elle en a l'air. Socio-anthropologue, Nicole Lapierre travaille depuis longtemps sur les questions liées à l'identité, à la mémoire, aux minorités. Dans cet essai, elle analyse la façon dont, en France, se sont construites les politiques d'accueil et de rejet, d'assimilation et d'intégration. En partant de la famille biologique jusqu'à la famille nationale, sans oublier la question linguistique, elle fait le point sur ce qui nous unit et nous sépare, sans jamais hiérarchiser les différences entre les individus et les communautés dont ils sont issus.
Adepte de la méthode comparatiste, son essai est d'autant plus passionnant (et clair même pour les non-initiés) car il fait appel non seulement à la sociologie et l'anthropologie, mais aussi à l'histoire et au droit.
Le lire est une bouffée d'air frais.

par (Libraire)
7 mai 2020

Rien ne destinait le très populaire Alan Bennett à bâtir une relation de vingts ans avec Miss Shepherd, SDF vivant dans un camion garé d'abord devant la porte, ensuite dans l'allée de la maison de l'écrivain. Sous la forme d'un journal-documentaire, le livre raconte presque au jour le jour le quotidien improbable qu'ils finissent, situation oblige, par partager. Avec le style caractéristique de Bennett : sobre, percutant et incroyablement drôle.

Hélas, malgré une œuvre importante, peu nombreux sont ses livres traduits en français (ce qui demeure très mystérieux pour moi).
Raison de plus pour lire les titres disponibles, traduits magnifiquement par Pierre Ménard (dont "La mise à nu des époux Ransome", par exemple, un petit chef d’œuvre d'humour absurde).

16,50
par (Libraire)
7 mai 2020

Une traductrice qui raconte sa relation avec l'auteur qu'elle traduit, depuis longtemps, livre après livre. Jusqu'à la mort de l'écrivain. Elle écrit leur histoire avec une pudeur et une tendresse infinies, et c'est peut-être ce qui donne autant de force à son récit. Cette retenue qui dit pourtant tellement de choses d'elle, Valérie Zenatti, d'Aharon Appelfeld, de ce qui lie en profondeur une traductrice à son auteur.

" J'aimais me pencher à son oreille pour traduire ces questions si particulières à la France, où la syntaxe fait des triples saltos et des entrechats, où un journaliste pouvait exposer une thèse reliant son œuvre à celle de Bruno Schulz, citer Levinas, envelopper le tout dans une remarque sur la diversité de la littérature israélienne contemporaine. J'aimais le sentir se pencher à son tour à mon oreille pour murmurer, C'est très beau tout ça, très intelligent, mais dis-moi, quelle est précisément la question? "

Les Éditions Noir sur Blanc

18,00
par (Libraire)
30 avril 2020

Un livre- mosaïque

Hanna Krall est avare de mots, et c'est tant mieux. Son écriture, toujours à mi-chemin entre journalisme et littérature, n'est en fait ni journalistique ni littéraire. C'est une écriture épurée, aux phrases courtes, simples, d'un incroyable foisonnement, et qui lui appartient complètement.
"Les vies de Maria" est peut-être son livre le plus extrême : "un livre sans fin", comme le dit sa traductrice Margot Carlier, où "plusieurs grilles de lecture sont possibles". Ayant en horreur le style fleuri et trop descriptif, Hanna Krall a toujours préféré les phrases courtes et elliptiques, et laissé la place aux silences. Ici, aucune parole n'est superflue. Et tout est dense, sans être saturé. Elle fait travailler notre imagination, et n'impose jamais son point de vue.

"Plus la tragédie est grande, moins il faut de mots pour la décrire", dit-elle souvent. En la lisant, on mesure à quel point son travail vaut la peine d'être lu.