Sylvain T.

La rivière

Actes Sud

22,00
par (Libraire)
24 mai 2021

Wynn et Jack, deux étudiants descendent en canoë la Maskwa River jusqu’à la baie d’Hudson. Lentement, dans la chaleur moite et déjà automnale d’une fin août dans le Nord Canadien, on suit ces deux protagonistes au fil d’une écriture rythmée et affutée. Baroque en sa structure, impressionniste en son esthétisme, le texte de Peter Heller nous ballotte entre action et contemplation des humeurs cosmiques et des sensations humaines. L’auteur de Peindre, Pêcher et laisser mourir nous offre ainsi une nouvelle ode à cette nature « si belle et totalement insouciante", autant qu’"implacable et violente ». D’abord ébloui par cette nature sublime et terrifiante à la fois, le lecteur se retrouve ensuite plongé dans un thriller au suspense haletant. Surprenant, chaotique et magnétique, Peter Heller nous emporte dans une symphonie tragique, aussi belle que cruelle, entre Norman Maclean et David Vann… Un coup de maître !

Dante
28,00
par (Libraire)
13 mars 2021

« Certains attendent que le temps change, d'autres le saisissent avec force et agissent, » écrivait Dante Alighieri. Il y a sept cents ans, mourait le plus grand poète florentin et, sans exagération, l’un des plus grands poètes de l’Histoire. Tout le monde connaît la Divine comédie, son impact sur la conception de l’Enfer en Occident. Mais qu’en était-il de l’homme ? Tour à tour, poète et fervent politicien, adulé, craint puis haït et exilé : la vie de Dante nous est restée obscure par bien des aspects. Sous la plume du génial Alessandro Barbero, ces lacunes s’estompent. A la lumière de nouvelles archives, d’une mise en perspective avec son temps, l’historien italien nous montre un Dante en acte, guerrier, brillant orateur, courtisan : un portrait sans fioriture ni délicatesse de sa jeunesse jusqu’à sa mort. Éclairant ainsi l’oeuvre du poète, cette « vraie vie de Dante » nous rappelle quels en ont été les grands enjeux : le Bien et le Mal, le penchant incorrigible au péché et de la responsabilité humaine, invitant chaque lecteur à une « audace » : c’est à dire à une transformation radicale, à une autre vision des choses qui échappe à toute orthodoxie religieuse. On sort de cette lecture avec une irrépressible envie de lire ou relire sa Divine comédie. Un voyage sans filtre dans une Italie pré-Renaissante mais résonnante à travers les temps. Jacqueline Risset écrivait «… l'histoire de la fortune de Dante en France est l'histoire d'une absence, et que la France est probablement le seul pays européen à ne pas avoir intégré l'œuvre de Dante dans l'histoire de sa littérature ».  Ce remarquable ouvrage sans complexité ni verbiage comblera ainsi cette absence.

Les Yeux de Milos
par (Libraire)
22 janvier 2021

Antibes, l’été 1937. L’année de Guernica. Milos, jeune étudiant en paléontologie au regard envoutant, d’un bleu mystérieux découvre les gestes d'amour, les sentiments, tour à tour par son amie Marine et son amante Samantha. Milos entrevoit à travers l'érotisme que suscitent ces deux rencontres, un chemin d'apprentissage non seulement pour mieux comprendre l'art, mais aussi pour percer le mystère de l'être. A travers Samantha, il découvre Picasso, non seulement l’artiste mais aussi l’homme : le « nabot grotesque, le sorcier, le minotaure, … » Plus tard, c’est Nicolas de Staël qui rentre en scène, l’autre « réel » personnage principal du dernier roman de Patrick Grainville. Ça foisonne, ça pullule, son écriture jaillit tel un torrent inarrêtable. Sensualité, contemplation, création, mais surtout passion : la quête existentielle d’un homme est bel et bien l’histoire de ses passions. Celles qui font prendre des risques et celles qui donnent des chefs d'œuvres, celles qui conduisent à l’extase et celles qui vous plongent dans un abîme de souffrance. Une mise en perspective qui, mieux qu'une biographie, nous livre les clés permettant de mieux comprendre la vie et l'œuvre de Picasso et de Nicolas de Staël. Un très beau roman sensuel, convoquant tous les sens du lecteur…

M, le fils du siècle
par (Libraire)
19 octobre 2020

Première pierre d’un monumental édifice littéraire, M l’enfant du siècle nous plonge dans l’histoire de l’Italie d’entre deux guerres. Jouant de la chronique en un jeu de va-et-vient entre fiction romanesque et archives, Antonio Scurati nous dresse dans ce premier opus l’ascension de Benito Mussolini, de 1919 à 1924. Partant de la création des faisceaux de combats en passant par la prise de Fiume, l’on croise le poète dandy D’Annunzio, l’artiste Marinetti, fondateur du Futurisme, et d’autres personnages marquants de cet épisode décisif de l’histoire italienne. Truculent, souvent poétique et profondément shakespearien, c’est l’Histoire qui s’écrit sous nos yeux avec bonheur, malgré la lourdeur du sujet. Couronné par le Prix Strega, l’équivalent de notre Goncourt, Antonio Scurati nous montre à quel point la faiblesse, la lâcheté, la corruption et l'aveuglement des élites italiennes alors en place ont permis l'arrivée au pouvoir du gangstérisme politique dans une Italie meurtrie et sclérosée de discorde sociale.. Une sublime réussite tant littéraire qu’historique !

Le dit du mistral
par (Libraire)
17 septembre 2020

Chaque rentrée littéraire, nous nous attendons à être surpris, ouvrir un livre est se dire : « je la tiens, ma perle de cette année ! » Et quelle perle..! Une pierre (précieuse et loin d’être sèche !), un lumineux petit pavé dans la marre romanesque de cette rentrée… Après un violent orage, Monsieur Sécaillat vient toquer à la porte de son voisin, le narrateur, pour lui faire part de sa découverte après l’effondrement du mur séparant leur deux propriétés. Ces deux protagonistes, qui n’entretenaient guère contact, se voient embarqués dans une fouille archéologique clandestine qui changera leur vie… Un chat aux pattes de hussard, des légendes, des mythes et ce pays de Provence qu’est le Luberon nous est ici conté avec une rare émotion, servit par une merveilleuse langue hybride, mi française, mi provençale, où Giono, Bosco, Mistral et Pagnol se joignent à cette symphonie pour notre plus grand bonheur. Sa chante, sa crépite, sa souffle, Olivier Mak-Bouchard nous emporte avec lui dans ce voyage à travers le temps et l’espace, nous invitant à prendre, tel Syrius, un peu de hauteur afin de contempler cette terre qui lui est si chère, ballotée par cet indomptable Mistral, tout en nous rappelant à juste titre notre petitesse face au cosmos… (N’est ce pas la définition du Sublime chère à Longin..?) Plus qu’un (premier) roman, c’est une fable mythologique, « un bel mentir » qui nous rappelle à juste titre la justesse de cette sagesse païenne et ancestrale de nos ainés, une bouffée d’air frais, une parenthèse enchantée en ces temps difficiles. Et fatche ! Que ça m’a plu !