Tous les chevaliers sauvages / tombeau de l'humour et de la guerre, tombeau de l'humour et de la guerre
EAN13
9782848762012
ISBN
978-2-84876-201-2
Éditeur
Philippe Rey
Date de publication
Collection
À tombeau ouvert
Nombre de pages
187
Dimensions
22 x 15 x 0 cm
Poids
278 g
Code dewey
320.0207
Fiches UNIMARC
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Tous les chevaliers sauvages / tombeau de l'humour et de la guerre

tombeau de l'humour et de la guerre

De

Philippe Rey

À tombeau ouvert

Indisponible
Six mois après l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, Droit de Réponse, l’émission de Michel Polac, est consacrée à la fin de Charlie Hebdo. Dominique Jamet et Jean-François Kahn plastronnent, un groupe de lycéens bafouillent que l’époque est formidable, Desproges, Gainsbourg, Renaud sont trop inconscients pour mesurer le sens de ce qu’ils sont en train de vivre. Au fond du plateau, quatre figures sortent de l’ombre : Cavanna, accablé par la mauvaise conscience ; le Professeur Choron, le seul à saisir l’abjection absurde dans laquelle ils sont tombés, hurlant sans micro ; Jean Bourdier de Minute à qui Siné décide de casser la gueule ; Bernard Tapie, enfin, le jeune patron de Manufrance, monstre froid venant de l’avenir. Personne ne saisit alors qu’il est leur véritable fossoyeur.

L’esprit Hara-Kiri disparut ce soir-là, et avec lui un rire jaune, désormais ringardisé par des adversaires ayant cyniquement appris le langage de la provocation « bête et méchante » (de Tapie à Besson), et récupéré par des gagmen limités dans leurs visions comme dans leurs expressions (de Canal + à Ruquier). L’humour n’était certainement plus une arme de lutte ou de déstabilisation du monde politique, il devenait – des Bronzés à Philippe Val – la pilule pour nous faire avaler… la pilule.

Il y a deux types de rire : le petit rire né de la soumission aux limites, et le grand rire né de la confrontation à l’illimité, de la mise en pièces de nos conditionnements. Choron provoquait un grand rire. Il était un samouraï, une figure théâtrale de violence et de distinction.

De 1982 à 2012, s’est installé un système qui a déposé les armes de l’humour. Preuve en est la forme privilégiée du « chroniqueur », mi-humoriste, mi-valet du pouvoir, nul en tout mais présent partout, ne sachant rien faire mais parlant tout le temps très fort, et toujours dans la bonne humeur.

D’une puissance illimitée pour détruire les impostures des années Pompidou-Giscard, Choron, Reiser et Gébé auront été mille fois moins forts pour analyser les nouvelles formes de violence incarnées par Mitterrand et son staff, acquis aux ruses de l’autodérision et de la provocation. Jouer la violence anarchique quand le pouvoir est représenté par des boulangères (Nadine Morano) ou des profs de natation (Frédéric Lefebvre) n’a plus beaucoup de sens. Il faut renoncer à l’humour quand le rire ne provoque plus que le petit rire de l’acceptation des choses.

Tous les Chevaliers sauvages est un voyage dans la France et les États-Unis de l’après-guerre, de leurs plus grandes créations jusqu’à leurs plus grands leurres. C’est également un tombeau de Choron, Reiser, Gébé, Andy Kaufman, valeureux héros d’une époque révolue où l’humour fonctionnait comme un substitut à la guerre. Or, il faut renoncer à l’humour comme à la guerre parce que désormais nous attend quelque chose de bien plus violent et de beaucoup plus drôle…

Né en 1975, Pacôme Thiellement a écrit des livres d’inspiration théophanique, herméneutique et burlesque sur les Beatles, Frank Zappa, la bande dessinée, Gérard de Nerval et dernièrement David Lynch (La Main gauche de David Lynch, P.U.F., 2010) et la série TV Lost (Les Mêmes yeux que Lost, Léo Scheer, 2011). Il co-réalise des films d’orientation et de conditionnement avec Thomas Bertay (Le Dispositif, prix AVIFF 2011 à Cannes), collabore à Rock & Folk et Chronic’art et participe de façon nerveusement ostentatoire à l’émission Mauvais Genres sur France Culture.
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