La danse du vilain

La danse du vilain

Fiston Mwanza Mujila

Anne-Marie Métailié

  • par (Libraire)
    24 novembre 2020

    Conseillé par Marie-Blanche

    Un livre absolument irréductible à tout résumé.
    On peut dire qu'il nous raconte l'itinéraire de trois adolescents, qu'on s'y retrouve en Angola en pleine guerre civile, au Zaïre au bord de l'explosion, qu'il est la peinture du trafic de pierres précieuses, de ce diamant qui fait perdre la raison, qu'il est le récit historique d'un chaos et une plongée dans la survie urbaine et une immersion dans des boîtes de nuit frénétiques mais ce n'est rien dire.
    De Lunda Norte à Lubumbashi nous sommes projetés dans un théâtre de l'absurde, exubérant, baroque; propulsés dans une foultitude de mondes peuplés de personnages fabuleux, hallucinants, allégoriques mais c'est encore peu dire
    Car l'essentiel est ailleurs.
    Ce livre est avant tout celui d'un romancier dont la poésie ( dit-il ) se défenestre dans sa prose, pour qui écrire (dit-il aussi) c'est à partir de la langue créer une forme de cosmopolitisme intérieur.
    Mabanckou dit de Fiston Mwanza Mujila qu'il a une force à défier toute littérature.
    Lire la danse du vilain, c'est pousser la porte du mambo de la fête et se laisser ambiancer, céder corps et âme à sa danse des mots balancée, incantatoire, habitée, ne ressemblant vraiment à nulle autre.
    Grandiose!!!


  • par
    23 septembre 2020

    Foisonnant et ensoleillé. Musique omniprésente, personnages tous plus barrés les uns que les autres. Ça part un peu dans tous les sens, aucun destin n'est tout tracé ni linéaire. Chaque anecdote devient un événement et chaque événement peut changer le cours d'une vie, autant pour la faire monter vers les sommets d'un pouvoir que pour plonger dans les abysses. Personne dans le roman de Fiston Mwanza Mujila n'est à l'abri de devenir quelqu'un d'important ni de replonger plus vite qu'il n'est monté.

    Dans une région très troublée, le romancier met en scène des personnages qui ne le sont pas moins, qui ont envie de sortir de leur condition de pauvre, de se libérer du poids des liens familiaux, qui y parviennent plus ou moins. Travail précaire et peu payé, alcool, prostitution, guerres, tout cela constitue le fond du roman, très présent, très fort dans lequel tentent de survivre Sanza, Tshiamuena, tous les chercheurs d'or et autres. Dans une langue très imagée, parfois très drôle il aborde des thèmes qui ne le sont pas toujours : "Des croyances plus persistantes encore sur l'homme blanc à mi-chemin du cannibalisme hantaient la tête des gens. Les esclaves convoyés dans des embarcations ne rentraient plus jamais. Alors ceux qui tentaient d'expliquer le phénomène conjecturaient que l'homme blanc les sectionnait en morceaux, grillait des bouts qu'il mangeait avec grand appétit. A partir de la viande qui restait, il confectionnait des fromages et, puisqu'il n'entreprenait jamais les choses à moitié, il remplissait des citernes de sang humain à partir duquel il fabriquait du vin de la même couleur." (p.71) C'est assez cocasse de trouver ce retournement de pensée, puisque l'homme blanc a longtemps eu peur de l'anthropophagie de l'homme noir qu'il venait coloniser et réduire en esclavage.

    Fiston Mwanza Mujila est né en République Démocratique du Congo et vit en Autriche. La Danse du Vilain est son deuxième roman.