Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Agnès Dumont, Patrick Dupuis

Weyrich

20,00
Conseillé par
21 décembre 2022

Nouvelle enquête du duo et parfois trio lorsque Clarisse se mêle de l'histoire. Entre Namur, Louvain-la-Neuve et Liège et pas mal d'autres noms de petites villes et villages que je ne connais pas : Nismes, Oignies, Couvin, Walcourt, Malonne, Viroinval..., le duo d'écrivains nous fait visiter la Wallonie. Et comme pour les tomes précédents, l'ensemble est très plaisant. Tout coule, tout s'imbrique de belle manière et l'ambiance est légère. Si l'on n'est pas franchement dans une comédie policière, ce n'est pas la grosse poilade mais on sourit souvent et surtout, le duo Dumont-Dupuis colle avec ses mots, ses tournures parfois rares -rendez-vous compte, il ose les imparfaits du subjonctifs- à ses deux personnages principaux. Roger Staquet est un flic retraité, à l'ancienne, plus proche d'un Maigret que d'un Inspecteur Harry et Paul Ben Mimoun, beaucoup plus jeune est élevé dans une tradition policière, décalé de son époque. Cela donne des reparties savoureuses entre les deux, des situations drôles et une émulation intellectuelle pour tenter de comprendre. Et puis, lorsque Clarisse est de la partie, ça change un peu, elle est beaucoup plus rentre-dedans notamment vis-à-vis de Paul. Elle dynamise le duo.

L'enquête tient la route jusqu'au bout. Agnès Dumont et Patrick Dupuis l'ancrent dans le territoire wallon, et même si on ne le connaît pas, on n'y est point perdu. C'est même assez agréable de s'y balader en si bonne compagnie. J'aime bien le détachement, l'humour léger et très présent de cette série qui je l'espère ne s'arrêtera pas là.

Freland, François-Xavier

Magellan & Cie

15,00
Conseillé par
21 décembre 2022

Henry Miller est né au mitan de la journée du 26 décembre 1891, à New York. Fils d'un tailleur, Heinrich, et de Louise, femme puritaine, psychorigide et autoritaire. Très vite, Henry s'ennuie, il flâne et lit beaucoup, ce qui n'est pas bien vu dans son milieu. C'est dans les livres qu'il découvre son attrait pour la France et Paris : Rimbaud et Rabelais le fascinent. En attendant, il trouve des boulots, s'y ennuie, se marie, divorce, fréquente June Mansfield et l'épouse. C'est elle qui le poussera à écrire et qui lui paiera le voyage jusqu'à Paris et qui lui donnera quelques sous pour y vivre. De 1930 à 1939, Henry Miller vivra à Paris, y croisera Brassaï, Céline, Cendrars et surtout Anaïs Nin. Ils se rencontrent, s'aiment et s'encouragent tous les deux à l'écriture. En 1934, sort Tropique du Cancer, son premier livre, traduit en français une dizaine d’années plus tard.

François-Xavier Freland fait revivre Miller à Paris et Miller en gestation. C'est à Paris qu'il deviendra un écrivain. Ce n'est pas une biographie qui narre tous les faits et gestes de l'auteur, mais un portrait à un moment donné : les années 30 à Paris. La seconde partie, plus courte évoque les années suivantes et le rapport qu'entretenait l'écrivain avec la France et Paris : ses allers-retours, ses écrits...

L'essai est court et abondamment illustré d'extraits de livres ou de lettres de Miller et quelques autres qui ont écrit sur lui, comme ses proches : Anaïs Nin, Blaise Cendrars, Brassaï ou Alfred Perlès. Ceux-ci sont inclus dans le texte à la fois exigeant et accessible de F.-X Freland et s'y coulent parfaitement. L'exercice n'a pas dû être simple que de faire coller ces extraits dans sa propre prose, mais l'auteur lui-même belle plume, le fait sans que l'on sente la difficulté. Tout est fluide.

Sans faire l'impasse sur ses frasques, sur son amour des femmes, F.-X Freland ne s'arrête pas à cela. En son temps, certains l'ont traité de pornographe -il y a d'ailleurs eu un procès en France contre lui pour ce motif et son Tropique du Cancer a été interdit aux USA jusqu'en 1961-, mais c'est évidemment très réducteur. On assiste à la naissance d'un écrivain qui influencera bon nombre d'autres, qui libérera l'écriture, un peu comme Céline l'a fait en France, permettant au langage oral une percée remarquée dans le roman. Plus largement, il sera cité par des chanteurs, des écrivains, des artistes de la Beat Generation, des hippies... et tellement d'autres.

De retour aux USA pendant la guerre, Miller n'aime pas ce qu'il y voit : "L'Amérique change à vitesse grand V. L'industrie de l'armement tourne à plein régime, le pays devient lentement la puissance. Les buildings s'imposent, écrasant les maisonnées. Le bonheur est vertical à en avoir la nausée." (p.136) Lui l'adepte d'une vie simple, anticonsumériste, écolo lorsque l'on ne parlait pas encore d'écologie devrait être (re)découvert par tous en ces temps où la planète va mal. Ce n'est pas la seule raison, mais c'en est une bonne.

Conseillé par
21 décembre 2022

Le titre de ce court ouvrage est suffisamment clair et explicite pour qu'il m'épargne un résumé.

Malgré le soin apporté aux repas, malgré les livres de Kafka, Pessoa (Le Banquier anarchiste) ou Brecht et les siens laissés au banquier séquestré, celui-ci ne supporte pas son enfermement : "C'est à peine si vous relevez la tête lorsque je dépose le plateau repas sur la petite table que j'ai installée dans cette cave pour vous offrir un semblant de confort ; vous ne répondez pas plus à mes salutations qu'à mes questions ; rien sur votre visage hermétique ne trahit que vous entendez ou comprenez ce que je vous raconte." (p.3)

Alors le ravisseur-écrivain écrit cette lettre. Il y raconte sa fatigue de devoir sans cesse se battre pour obtenir un prêt, pour trouver un appartement pour sa fille, pour supporter l'état du monde qu'il lit dans les quotidiens, pour avaler le fait que 84 milliardaires possèdent autant que 3 milliards d'êtres humains... Et les riches de se pavaner, de continuer à polluer encore et encore sans vergogne, sans scrupules, de prendre des airs de supériorité insupportables, de mépriser les petits...

C'est lassant, minant et révoltant et nous nous sentons impuissants à changer le cours des choses : "Je ne sais plus comment agir pour entraver l'avancée vers un monde qui me répugne un peu plus chaque jour. J'écris des textes qui ne sont lus que par ceux qui pensent comme moi, je les écris quand même car, dans toute dictature, le silence est complice." (p.16/17) Eric Pessan est en colère contre les puissants qui nous enjoignent de faire des efforts, de se serrer un peu la ceinture pendant qu'eux se gavent toujours et encore, et encore une fois, je partage l'ensemble de ses mots, je suis de ceux qui lisent ses livres régulièrement -même si j'ai choisi celui-ci sur le titre et découvert le nom de l'auteur après l'achat, car il n'apparaît pas sur la couverture. Je suis tellement dégoûté que je ne lis plus la presse -sauf Le Canard Enchaîné, et l'application France Info, que je viens de désinstaller pour cause de phagocytage footballistique-, ne regarde plus la télévision et n'écoute plus la radio. J'ai besoin de me protéger. Malgré cela, je ressens cette fatigue, cette colère, la même que celle de l'auteur et j'ai envie parfois de faire un texte violent pour évacuer, mais mon talent est plutôt de les lire... Comment voulez-vous que je puisse écrire mieux que ce qui suit :

"La ligne de partage passe entre ceux qui collaborent -même de façon microscopique- au verrouillage du monde et ceux qui ne peuvent plus respirer, dormir ou espérer." (p.15)

Texte court, dans une collection Lettre ouverte chez Le Réalgar, dont pas mal de titres m'ont donné envie. Texte indispensable, ne serait-ce que pour partager la colère...

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24 novembre 2022

Septième tome des aventures du jeune gendarme assez rapprochées puisque la première démarre en 1791. Toujours aussi passionnantes. Le contexte politique est toujours trouble et troublé, dense. Heureusement que Jean-Christophe Portes est pédagogue pour nous remettre en tête les rôles de chacun (il y a même une note explicative en fin de volume). Le roman historique est bon s'il sait s'adresser à tous, et c'est un pari très largement réussi par l'écrivain qui dose impeccablement, histoire et fiction, personnages réels et fictifs. Bref, un régal. Dans un volume un peu plus ramassé que les précédents (330 pages), il n'y a aucun temps mort, rien, tout est nickel.

Pour continuer dans les bons points, ce que j'aime bien dans cette série c'est que son héros Victor Dauterive évolue au fil de ses aventures, avec l'âge et les rencontres. Et dans ce tome, sans doute plus encore que dans les autres. Olympe de Gouges, sa bonne amie, très préoccupée par le futur procès de Louis le dernier et pas très en odeur de "citoyenneté" auprès des sans-culottes pour des écrits polémiques, s'efface au profit de Marie-Anne Pothron, une jeune femme enceinte que Victor a recueillie. Mais ne pourrait-il pas y avoir davantage entre les deux jeunes gens ? Ah, suspense... On sent un tournant dans la série. Septième tome, l'âge de raison pour Victor ?

Tout cela est excellent, JC Portes égratigne sensiblement certains révolutionnaires : "Plus la Révolution avançait, plus Dauterive se désolait du peu d'effet qu'elle produisait dans la classe privilégiée. Le procès du roi, la misère, la guerre aux frontières et les émeutes, tout cela s'agitait comme un tourbillon de poussière devant les vastes demeures des gens riches, sans jamais y pénétrer" (p.161). Victor s'embarque dans une enquête qui le mènera sur les traces de personnes sans scrupules prêtes à tout pour de l'argent, il devra une fois encore faire preuve d'intelligence et de ruse et faire confiance à ses amis, Marie-Anne, le député Charpier, Azur le flic, et Joseph un gamin qu'il a recueilli dès le premier tome. Il y laissera encore quelques illusions, s'étonnera toujours de la cupidité de certains. A tout juste vingt ans, il a déjà beaucoup vécu et donné, mais la valeur n'attend point le nombre des années, paraît-il...

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24 novembre 2022

Max et Le Manchot sont dans la jungle amazonienne à la recherche de l'avion et du trésor qui y serait planqué. Baïa est seule, le capitaine Rego la cherche. Tous sont poursuivis par les hommes d'Hermann le chef du camp de travailleurs. Il y a aussi les 3C, Charlotte et Christelle, les infirmières qui se retrouvent dans une situation compliquée et leur amie Corinne qui tente de les en sortir. Puis Magarida, la patronne de la taverne.

Tome 3 de la série, toujours aussi passionnante et dynamique. Courses-poursuites, chassés-croisés, rebondissements. Lorsque l'on croit comprendre les liens entre certains personnages, on doute aussitôt d'eux. Beaucoup de protagonistes sont retors, doubles voire triples, des hommes qui ont vécu des aventures folles et qui n'étaient pas forcément du bon côté. Sans scrupules, prêts à tout pour un peu d'argent.

Scénarisée par Régis Loisel, l'histoire monte encore d'un cran dans ce tome pour nous emporter totalement dans un tourbillon d'action et de surprises. Et le dessin d'Olivier Pont, virevoltant, coloré qui fait la part belle aux personnages mais sait aussi représenter de très belle manière la jungle amazonienne, renforce l'envie de passer du temps là-bas et de connaître le fin mot de l'histoire, mais il faudra attendre les tomes suivants.